Médecins du monde censuré pour ne pas fâcher le lobby des labos

884537-mdmLibération, Eric Favereau – Une campagne de communication contre les tarifs exorbitants fixés par les laboratoires pour des médicaments contre le cancer ou l’hépatite C a été refusée par les propriétaires de panneaux publicitaires.

Objectif atteint. Par une campagne choc sur le prix des nouveaux médicaments, Médecins du Monde (MDM) voulait provoquer le débat. Il y a réussi, d’autant qu’il a été aidé par les propriétaires des panneaux publicitaires qui ont refusé la campagne, la considérant comme trop polémique, ce qui a donné alors à celle-ci un petit goût de censure. Les slogans retenus par l’ONG étaient sans complexe: «Avec l’immobilier et le pétrole, quel est l’un des marchés les plus rentables ? La maladie». Ou : «Bien placé un cancer peut rapporter jusqu’à 120 000 euros». Ou encore : «Une leucémie, c’est en moyenne 20 000% de marge brute».Ou, enfin : «Une épidémie de grippe en décembre, c’est le bonus de fin d’année». Voire : «1 milliard d’euros de bénéfice, l’hépatite C on en vit très bien».

Affirmations sans nuance, mais qui ont le mérite de décrire une situation aujourd’hui inquiétante : l’emballement ahurissant des prix des médicaments innovants, contre le cancer en particulier mais aussi contre les hépatites C. «La mise sur le marché du sofosbuvir, le premier des antiviraux à action directe efficace contre l’hépatite virale C, a agi comme un révélateur des dysfonctionnements en matière de production et de fixation du prix des médicaments», a expliqué, ce matin, Médecins du Monde. «Le traitement de douze semaines est en effet vendu 41 000 euros par patient alors qu’il ne coûterait que 100 euros à produire».

Les traitements contre le cancer sont devenus aussi un marché particulièrement juteux pour les firmes pharmaceutiques. Ainsi le Glivec, un traitement contre la leucémie, est aujourd’hui vendu 40 000 euros par an et par patient pour un coût de production estimé à seulement 200 euros. Le Keytruda, un traitement contre le mélanome, est annoncé à un prix de 100 000 euros par an et par patient. «Ces prix exorbitants ne pourront bientôt plus être pris en charge par la sécurité sociale,affirme Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde. Demain, qui pourra payer de telles sommes pour se faire soigner ? La mainmise de l’industrie pharmaceutique sur le système de la brevetabilité doit cesser. Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations. Il est maintenant temps que [la ministre de la Santé] Marisol Touraine agisse en ce sens : ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’Etat.»

 A LIRE AUSSI La lutte contre le cancer malade de la fièvre des prix des médicaments

Ce matin, le Leem, le syndicat patronal des industries pharmaceutiques, a réagi vertement, dénonçant une campagne de «propagande mensongère». «Imaginer que les entreprises du médicament spéculent sur l’aggravation de certaines maladies comme le cancer du sein n’est pas seulement injurieux pour les industriels, c’est également particulièrement choquant et irrespectueux pour les millions de personnes qui se battent quotidiennement contre la maladie.» Le Leem ajoutant : «L’arrivée d’innovations thérapeutiques majeures dans le domaine des maladies infectieuses ou en oncologie est avant tout une bonne nouvelle pour les patients. Ces innovations ouvrent des perspectives de guérison ou d’allongement de l’espérance de vie pour de très nombreux malades. Elles vont également constituer un défi majeur pour l’organisation de notre système de soins. Celui-ci va devoir se transformer en profondeur pour faire face à la chronicisation de maladies jusqu’ici mortelles à brève échéance.»

C’est en partie vrai, mais aujourd’hui le contexte est particulier : le prix du médicament n’a plus rien à voir avec le coût de la recherche, ni encore moins avec le coût de la production. Dans le cas de l’hépatite C, par exemple, le prix très élevé est lié à une spéculation boursière. De fait, les règles habituelles de fixation des prix ne sont plus opérantes. La Ligue nationale contre le cancer a lancé une pétition pour alerter les pouvoirs publics. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, évoque souvent ce sujet. En mai dernier, le président de la République, François Hollande a convaincu ses homologues du G7 lors de leur réunion au Japon d’intégrer dans la déclaration finale la nécessité de remédier à l’emballement des prix. Certes, mais dans les faits, rien n’a encore évolué. «Seule l’opinion publique mondiale peut faire bouger les lignes»,insiste Médecins du Monde.

Anúncios

2 pensamentos sobre “Médecins du monde censuré pour ne pas fâcher le lobby des labos

  1. Pingback: Médecins du monde censuré pour ne pas fâcher le lobby des labos – Museu AfroDigital – Estação Portugal

Deixe um comentário

Preencha os seus dados abaixo ou clique em um ícone para log in:

Logotipo do WordPress.com

Você está comentando utilizando sua conta WordPress.com. Sair / Alterar )

Imagem do Twitter

Você está comentando utilizando sua conta Twitter. Sair / Alterar )

Foto do Facebook

Você está comentando utilizando sua conta Facebook. Sair / Alterar )

Foto do Google+

Você está comentando utilizando sua conta Google+. Sair / Alterar )

Conectando a %s

%d blogueiros gostam disto: