Climat : avant la COP21, les États adaptent leurs promesses

Jim Cole/AP

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Le Figaro – Par Blandine Le Cain

INFOGRAPHIES – En annonçant une réduction de 26% de ses émissions en vue de la conférence sur le climat de décembre à Paris, l’Australie a suscité les critiques de la part des défenseurs de l’environnement. Car comme pour d’autres pays, derrière cet engagement se cachent quelques arrangements avec les chiffres. Explications.

AdvertisementL’Australie a emboîté le pas des autres pays en publiant, mardi, ses prévisions d’engagement en vue de la conférence sur le climat prévue à Paris en décembre, la COP21. Le gouvernement de Tony Abbott a annoncé une réduction de ses émissions de carbone de 26% d’ici à 2030, un engagement qui servira de base dans les discussions de cet hiver. Le chiffre peut sembler ambitieux; il a pourtant déclenché la colère de l’opposition australienne et des ONG de défense de l’environnement.

«L’Australie de Tony Abbott confirme qu’elle est l’un des pires élèves du climat», attaque ainsi Réseau action climat. «Ces objectifs sont nettement insuffisants s’agissant de protéger les Australiens des impacts du changement climatique et ne représentent pas une contribution juste aux efforts internationaux», explique de son côté à l’AFP Tim Flannery, de l’institut indépendant Climate Council. Car pour l’Australie comme pour les autres États, derrière les engagements chiffrés se cachent certaines subtilités.

• La date de référence

L’un des principaux problèmes pour comparer les engagements réside dans la disparité des références et dates choisies, laissées à l’appréciation des États. Ainsi l’Australie est-elle critiquée pour avoir défini un objectif de réduction basé sur l’année 2005, alors que les précédents engagements du pays étaient fixés par rapport à 2000. «Beaucoup de pollueurs ont fait ce choix car l’année 2005 a constitué un pic dans les émissions», souligne auprès du Figaro Célia Gautier, de Réseau action climat.

De fait, une réduction promise de 26% des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à 2005 n’induit pas un effort aussi important qu’une réduction similaire par rapport à 1990. À la différence des États-Unis ou du Canada, qui a également fait ce choix, l’Union européenne, la Suisse ou la Russie ont défini un objectif de réduction par rapport à l’année 1990, date de mise en place du protocole de Kyoto.

Sem Título• L’horizon visé

Autre variable au sein des engagements nationaux: l’année fixée pour atteindre le niveau de réduction prévu. «L’Australie s’est calée sur ce que les États-Unis ont proposé en fixant une réduction par rapport à 2005. Or, les USA s’engagent à réduire leurs émissions de 26% à l’horizon 2025, contre une réduction similaire pour l’Australie, mais seulement cinq ans plus tard», souligne Célia Gautier.

Sem TítuloPlus globalement, de nombreux pays ont fixé leur objectif pour 2030. L’accord qui devrait être signé à Paris en décembre est pourtant censé viser 2025, ce qui induirait d’établir de nouveaux chiffres. Mais cela ne fait pas consensus. «Certains pays comme la Chine et l’Inde, dont les taux de croissance sont variables, trouvent difficile de s’engager pour cinq années», détaille la porte-parole de Réseau action climat. Ce laps de temps est pourtant souhaité par les ONG, afin de responsabiliser les gouvernements en place vis-à-vis des objectifs à tenir.

• Le poids dans les émissions mondiales

Outre ces subtilités de date, un autre critère du degré d’engagement porte sur la part de chaque pays dans les émissions totales de GES. «Notre objectif de 26 à 28%, c’est mieux que le Japon. C’est presque le même que la Nouvelle-Zélande. C’est un poil en dessous du Canada, un peu en dessous de l’Europe», a martelé le chef du gouvernement australien. Mais l’Australie est le premier émetteur de GES par tête, d’après les chiffres de l’ONU. Le pays exploite énormément de mines de charbon, une ressource exportée dans le monde entier.

«Au-delà des chiffres, les discours politiques comptent également», insiste par ailleurs Célia Gautier. «Au moment d’annoncer cet engagement, le premier ministre affirme que la réduction des gaz à effet de serre est néfaste pour l’économie de son pays et que le monde a besoin du charbon australien. C’est aller droit dans le mur d’un point de vue climatique, mais aussi économique, à l’heure où le monde se détourne du charbon.» Et la spécialiste de rappeler que les scientifiques ont fixé l’objectif de 80% des énergies fossiles actuelles laissées dans les sols afin d’éviter un niveau de réchauffement climatique irréversible.

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De fait, avant l’arrivée du premier ministre Tony Abbott au pouvoir, le gouvernement australien avait mis en place une commission dédiée au changement climatique, dont les conclusions tablaient sur un objectif de réduction de 40 à 65% d’ici 2030 afin d’honorer l’objectif mondial d’une baisse de 2 degrés Celsius de la température moyenne mondiale par rapport à l’ère pré-industrielle. Des projections écartées par le nouveau gouvernement.

• Les moyens de réduction pris en compte

Enfin, le calcul des États pour justifier leur engagement n’est, lui non plus, pas uniforme. L’Australie, de même que la Suisse ou la Russie, intègre dans ses objectifs de réduction les effets des forêts sur les émissions de gaz, ce qui n’implique pas de revoir son modèle de production pour limiter les émissions. Pour Célia Gautier, «la Russie est un très mauvais exemple de ce point de vue-là». Le pays prévoit de «stabiliser ses émissions en absorbant plus de carbone grâce à ses forêts, mais pas forcément en envisageant une transition énergétique pourtant nécessaire». Les prévisions les plus optimistes émises, allant jusqu’à 75%, ne sont donc pas forcément très ambitieuses. De même, la Suisse intègre dans son mode de calcul la revente de droits à polluer sur le modèle de ceux créés par le protocole de Kyoto.

Les pays en développement à la pointe

«Quand on regarde les engagements des pays riches, on se trouve face à une classe d’élèves extrêmement médiocres», résume, un brin amère, Célia Gautier. «Certains se situent tout au dernier rang. La Russie, le Canada, qui a non seulement un énorme retard après avoir abandonné le Protocole de Kyoto, mais qui en plus considère qu’il ne le rattrapera pas dans les quinze prochaines années; la Nouvelle-Zélande, le Japon, qui envisage de rallumer ses centrales à charbon…», liste la spécialiste. Au final, les États les plus enclins aux efforts sont ceux en développement tels que l’Éthiopie, le Gabon ou les îles du Pacifique. Voire la Chine, qui «prévoit malgré tout de construire l’équivalent de toutes les centrales électriques des États-Unis en énergies renouvelables!»

Et tout n’est pas noir. Au niveau européen, l’effort n’est pas suffisant, mais néanmoins conséquent, tout comme du côté des États-Unis. Et laisse entrevoir une amélioration possible. «Contrairement à ce qui était prévu, il sera difficile de modifier ces premiers engagements. Mais les États pourront s’engager concrètement sur des politiques précises, telles que les économies d’énergie, par exemple. C’est également intéressant et important.»

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