Ségolène Royal en tournée africaine avant la COP21

Ségolène Royal à Matignon, le 24 juillet, lors de la visite du premier ministre sénégalais. BERTRAND GUAY / AFP

Ségolène Royal à Matignon, le 24 juillet, lors de la visite du premier ministre sénégalais. BERTRAND GUAY / AFP

Le Monde – Par Simon Roger Windhoek (Namibie), envoyé spécial

Contactée début août pour un reportage sur les lieux de villégiature des membres du gouvernement, Ségolène Royal a répondu par texto, invitant le photographe à la rejoindre… en Namibie. Sa délégation se rend ensuite en Zambie du 5 au 9 août, au Botswana où elle est attendue lundi 10 août, puis au Ghana, vendredi 14 août dans l’après-midi, a précisé la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, ravie de signaler qu’elle continuait à travailler pendant que ses collègues s’accordaient une pause estivale.

Emissaire du président de la République dans le cadre de la préparation de la conférence mondiale sur le climat (COP21) en décembre à Paris, la ministre sillonne l’Afrique australe jusqu’au 14 août, où elle devrait participer le matin à Gaborone (Botswana) à la réunion de la Communauté de développement de l’Afrique australe, l’instance de coopération entre les pays de la région et de l’océan Indien.

« L’EUROPE NE REGARDE PAS ASSEZ LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT ALORS QU’ILS SUBISSENT L’IMPACT DU RÉCHAUFFEMENT ET QU’ILS ONT DES SOLUTIONS À PROPOSER »

« Lors de la conférence sur le climat de Copenhague et celle de Lima, j’ai été frappée par le peu de prise en compte du continent africain, analyse Ségolène Royal. L’Europe est trop tournée sur elle-même, elle ne regarde pas assez les pays en développement alors qu’ils subissent l’impact du réchauffement et qu’ils ont des solutions à proposer. » Des trois ministres mobilisés par la COP21, elle était la mieux placée pour venir à la rencontre de cette Afrique négligée puisque, explique-t-elle, « Annick Girardin [secrétaire d’Etat au développement et à la francophonie] est à Saint-Pierre-et-Miquelon et Laurent Fabius [ministre des affaires étrangères] n’aime pas les déplacements où l’on passe beaucoup de temps à rencontrer les gens » ! Après une visite au Sénégal fin juillet en compagnie du vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic, c’est en délégation restreinte, avec quatre conseillers, qu’elle a entamé en Namibie cette tournée sur le climat, l’énergie et la biodiversité.

Sécheresse sévère

La jeune République de Namibie – indépendante de l’Afrique du Sud depuis 1990 – subit de plein fouet les effets du changement climatique. Territoire le plus aride de l’Afrique subsaharienne, peuplé de 2,5 millions d’habitants seulement, la Namibie traverse depuis 2013 des épisodes de sécheresse très sévères. « Ces phénomènes alternent avec des pluies violentes qui mettent à mal l’agriculture et l’élevage extensif, l’une des ressources du pays avec l’extraction minière, la pêche et le tourisme », témoigne Justine Braby, consultante auprès de la Namibia Nature Foundation (NNF), l’une des ONG invitées à échanger avec Ségolène Royal lors de son séjour à Windhoek.

Autour de la capitale, traversée par la Nelson Mandela Avenue ou la Fidel Castro Street, c’est la savane, une terre ocre et une végétation clairsemée, qui dominent le paysage. En poursuivant la route vers l’ouest, un autre décor impose sa présence, le désert du Namib, plus vieille étendue désertique au monde, nimbé d’un brouillard tenace formé au contact de la terre chaude et du courant océanique froid de Benguela. Mais ce vaporisateur naturel s’épuise. « Le fog est moins présent que les années passées », observe Mary Seely, qui a étudié pendant plus de cinquante ans cette aire désertique unique au monde. « On assiste à la disparition progressive d’une partie de la faune et de la flore, s’inquiète la scientifique. Mais qui s’intéresse aux insectes ou aux petits animaux du désert, lorsque des intérêts miniers sont en jeu ? »

Pays producteur de sorgho, de mil et de maïs dans sa partie nord, terre d’élevage dans les immenses exploitations de l’intérieur, la Namibie développe depuis 1998 un programme confiant aux communautés locales la gestion des ressources naturelles. Elle est aussi le premier extracteur de diamants en mer et le cinquième extracteur d’uranium de la planète. Son sous-sol regorge également d’or, de cuivre, de zinc, de manganèse. La prospection de pétrole ou de charbon n’a, en revanche, rien donné jusqu’à présent.

Fort potentiel éolien

« A partir de 2016, nous nous retrouverons face à un risque de pénurie énergétique », admet Kornelia Shilunga, la vice-ministre des mines et de l’énergie, en début d’entretien avec la délégation française. Le contrat d’approvisionnement électrique conclu avec l’Afrique du Sud expire à cette date et ne sera pas renouvelé, compte tenu des besoins énergétiques croissants du voisin sud-africain. Le barrage hydraulique de Ruacana, qui comble aujourd’hui la majeure partie de la demande namibienne, ne fonctionne que pendant la saison des pluies. Le site gazier de Koudou – un gisement offshore à l’extrême sud-ouest – pourrait produire à lui seul 800 mégawatts, mais sa construction a été reportée à plusieurs reprises.

« Comptez-vous vous engager dans la transition vers les énergies renouvelables ? Vous avez un fort potentiel pour le solaire et l’éolien », rebondit dans un anglais approximatif Ségolène Royal. Un peu plus tôt, elle a arpenté le quartier populaire de Katutura, où un centre de formation pour jeunes déscolarisés produit son électricité à partir des panneaux solaires offerts par Innosun. Cette entreprise franco-namibienne a inauguré en mai une centrale solaire de 33 000 panneaux d’une capacité de 4,5 mégawatts.

« AVEC LES ÉNERGIES RENOUVELABLES, LA NAMIBIE POURRAIT ÊTRE RAPIDEMENT INDÉPENDANTE À 100 % ET COMPÉTITIVE »

Elle a dans ses cartons d’autres projets solaires et éoliens, dont un champ de 100 éoliennes à Lüderitz, sur la côte sud-ouest, d’une capacité maximale de 500 mégawatts. « Les vents y sont très forts et bien établis, les conditions sont idéales, s’enthousiasme Thomas Verhaeghe, le dirigeant français d’Innosun. Avec les énergies renouvelables, la Namibie pourrait être rapidement indépendante à 100 % et compétitive. » Une perspective prometteuse alors qu’un Africain sur deux, soit quelque 600 millions d’individus, n’a toujours pas accès à l’électricité, selon les auteurs du rapport 2015 sur les progrès en Afrique, coordonné par Kofi Annan.

« Qu’attendez-vous de la COP21 ? », a demandé systématiquement Ségolène Royal à ses interlocuteurs. Le président Hage Geingob espère un geste de la Banque mondiale, qui classe son pays dans la tranche supérieure des pays à revenus intermédiaires, condamnant la Namibie à des prêts à taux élevé « alors que nos besoins d’investissement sont énormes ».

« Nous n’avons pas été retenus pour accueillir le Fonds vert pour le climat, a réagi pour sa part la vice-première ministre et ministre des affaires étrangères Netumbo Nandi-Ndaitwah. Soutenez-nous dans notre démarche pour obtenir le siège régional du fonds. » « Réussir la COP21 est une ardente obligation », a martelé la ministre de l’écologie avant de s’envoler pour Lusaka. La Zambie, qui accumule 40 % des réserves en eau de toute l’Afrique australe, a bâti sa politique énergétique sur l’hydroélectricité. Mais la sécheresse provoque une baisse du niveau des rivières, obligeant le pays à planifier le démarrage d’une centrale à charbon et le développement de projets dans le solaire.

  •  Simon Roger (Windhoek (Namibie), envoyé spécial)
    Journaliste au Monde

 

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