Coulisses de la COP 21 : Pour quelques degrés de plus…

Parisien/France Culture – Découvrez chaque vendredi les coulisses des négociations de la COP 21, racontées par la journaliste Anne Tézenas du Montcel. Série du Parisien Magazine en partenariat avecFrance Culture.

Depuis vingt ans, la négociation sur le climat tente de limiter à 2°C l’augmentation de la température moyenne de la Terre d’ici à 2100. Au sommet de Paris, tous les pays devront annoncer leur plan d’action pour atteindre cet objectif.

 Une première !

« Nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire. » Depuis leprintemps, les engagements écrits de réduction de CO2 des 196 délégations (195 Etats + l’Union européenne) qui participent à la négociation climat arrivent au compte-gouttes à Paris. Et leur contenu fait craindre de ne pas atteindre l’objectif affiché par la conférence qui se tiendra au Bourget, du 30 novembre au 11 décembre : limiter l’augmentation de la température moyenne de la Terre à 2 °C d’ici à la fin du siècle. « A ce stade, confirme un négociateur, on risque d’aller vers les 3,6 °C. » Perspective dangereuse. Pour mesurer ce risque, il faut avoir en tête ceci : les événements climatiques extrêmes se multiplient – sécheresse en Californie, chaleur en Inde, typhon au Vanuatu… –, alors que le réchauffement est « seulement » de 0,8 °C.

En juin dernier, une étude publiée par les services de l’ONU a fait grand bruit parmi les négociateurs réunis à Bonn (Allemagne). La limite officielle de 2° C fixée par la communauté internationale, nous dit-elle, n’est pas assez ambitieuse. Les risques combinés du réchauffement et de l’acidification des océans font peser un danger mortel sur de nombreuses espèces animales, mais aussi sur la production agricole, donc sur notre alimentation. Mieux vaudrait viser une augmentation de 1,5 ° C, ce que réclament depuis toujours les petites îles comme Vanuatu ou les Fidji, menacées par la montée des eaux.

Mais au fait, d’où vient le chiffre de 2 °C ? A l’origine, ce sont les dirigeants européens qui l’ont adopté en 1996, peu après la publication du deuxième rapport scientifique du Giec, le groupe des experts de l’ONU sur le climat. Le Giec était parvenu à ce chiffre en prolongeant jusqu’à la fin du siècle le volume des émissions de dioxyde de carbone (CO2) telles qu’elles existaient alors. Le chiffre de 2 °C est donc déduit de l’analyse de l’activité économique de l’époque, et n’est pas du tout, comme on le croit, un impératif fixé par la communauté internationale. Résultat : en vingt ans, non seulement les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas diminué, mais elles ont explosé – 32,3 milliards de tonnes en 2014 –, alors qu’il faut les diviser par 2 d’ici à 2050 et atteindre le niveau zéro avant 2100.

Pourquoi ? Parce que pour limiter à 2 °C le réchauffement, il ne faut pas dépasser 2 900 milliards de tonnes de CO2. Or nous en avons
déjà émis 2 000. Il ne reste donc aux Terriens – bientôt 9 milliards ! – qu’un stock de 900 milliards de tonnes de dioxyde de carbone à se partager pour l’éternité. Pour décrire la situation actuelle, l’historienne des sciences Amy Dahan et le sociologue Stefan Aykut, auteurs d’un livre de référence paru en janvier, Gouverner le climat ? (Presses de Sciences Po), parlent de « schisme de réalité ». Derrière ces mots, une idée simple : il y a un écart radical entre ce qui se passe dans la négociation sur le climat et les gaz à effet de serre déversés quotidiennement dans l’atmosphère. Et de poser une question : y a-t-il eu erreur sur la stratégie initiée il y a vingt ans ? A l’époque, deux visions s’opposaient.
L’Europe voulait que les pays développés se répartissent un objectif global. Très attachés à leur souveraineté, les Etats-Unis militaient, eux, pour une approche nationale, chacun dans son coin.

Chaque Etat doit s’engager

L’Europe l’a emporté, et initié en 1997 le protocole de Kyoto. C’est le plus gros traité international jamais signé – 191 pays –, mais ni la Chine ni les Etats-Unis, les deux plus gros pollueurs, ne l’ont ratifié. Et il fallait au moins 55 pays signataires représentant au moins 55 % des émissions mondiales de CO2 pour qu’il entre en vigueur. Finalement, seuls 37 Etats pesant 15 % du CO2 l’ont mis en oeuvre. Les autres ont agi dans leur coin. Or voilà plusieurs années que les négociateurs s’interrogent : puisque le carbone provient de l’activité économique d’un pays – agriculture, industrie, énergie, transports… –, ne serait-il pas plus intelligent, et surtout plus efficace, de partir de là ?

C’est au sommet de Durban (Afrique du Sud), en 2011, que le virage a été pris. Fini le top down (un chiffre fixé d’en haut), vive le bottom up (des actions nationales, voire locales, dont on espère que, mises bout à bout, elles généreront le résultat attendu). C’est pour cela que la présidence française du futur sommet de Paris attend avec impatience les « INDC » – prononcez « aillènnedici » –, pour « Intended Nationally Determined Contributions » – comprenez les documents qui précisent les engagements de chaque Etat en matière de réduction de CO2. Or ils tardent, parce que les gouvernements redoutent d’être sanctionnés si leurs objectifs affichés ne sont pas tenus.

Obama en première ligne

C’est pourtant là le vrai tournant de Paris Climat 2015. Pour la première fois, tous les pays doivent écrire noir sur blanc un programme national de lutte contre le dérèglement climatique. La crainte de la présidence française est que tous ne soient pas au rendez-vous ou que, une fois les textes reçus, leur contenu soit trop hétéroclite pour en déduire une trajectoire commune efficace. Car pour tenir les 2 °C, il faut réduire les émissions de 40 à 70 % d’ici à 2050, pour 1,5 °C, de 80 à 90 %.

Une bonne nouvelle pourrait motiver les gouvernements : en 2014, pour la première fois, les émissions de CO2 ont stagné. Et le président Barack Obama, en annonçant le 3 août dernier un Plan pour une énergie propre ambitieux, a propulsé les Etats-Unis à la pointe du combat contre le réchauffement – même s’il doit faire face à une forte opposition intérieure. Pour conforter cette dynamique, Laurence Tubiana, l’ambassadrice climat de la France, a déjà son idée : convaincre les négociateurs de s’engager, après le sommet de Paris, à réviser régulièrement, mais uniquement à la hausse, leurs objectifs. Alors, peut-être, la fièvre de la Terre se calmera.

Un piège à carbone…. sous nos piedsStéphane Le Foll, le ministre français de l’Agriculture, croit au « 4 pour 1 000 ». Il s’agit de profiter du fait que les sols absorbent le gaz carbonique et d’augmenter la matière organique des terres agricoles en restaurant leur biodiversité naturelle (champignons, vers de terre…). Une hausse de cette matière organique à proportion de « 4 pour 1 000 » permettrait de réduire de 10 %, d’ici à 2030, les émissions de CO2, tout en fertilisant les sols. Du gagnant-gagnant !

Anúncios

Deixe um comentário

Preencha os seus dados abaixo ou clique em um ícone para log in:

Logotipo do WordPress.com

Você está comentando utilizando sua conta WordPress.com. Sair / Alterar )

Imagem do Twitter

Você está comentando utilizando sua conta Twitter. Sair / Alterar )

Foto do Facebook

Você está comentando utilizando sua conta Facebook. Sair / Alterar )

Foto do Google+

Você está comentando utilizando sua conta Google+. Sair / Alterar )

Conectando a %s