Pollution de l’eau, rareté et couche de population touchée, de Pauline Schipperijn

La Région Métropolitaine de Sao Paulo (RMSP), aussi appelée la Grande Sao Paulo, est une conurbation de 39 municipalités représentants presque 20 millions d’habitants, et malgré le fait qu’elle soit la plus riche, qu’elle fournisse 15% du PIB brésilien et qu’elle soit la plus grande mégalopole d’Amérique Latine, elle est confrontée à la plus grande sécheresse depuis plus de 84 ans.

La croissance démographique galopante des cinquante dernières années fait apparaître un déséquilibre entre l’approvisionnement en eau et sa demande, renforcé par l’imperméabilité croissante des sols et l’urbanisation sauvage, ce qui implique de gros problèmes de pollutions et d’inondations.

En effet, d’après le professeur de la PUC, Ricardo Carlos Gaspar, les données sont alarmantes ; le flux d’eau rentrant dans le système Cantareira est de 10 mètres cube par seconde, alors que le flux sortant contrôlé par la SABESP est de 20 mètres cube par seconde (1)! Encore plus inquiétantes sont les données du volume d’eau en pourcentage contenu dans le réservoir Cantareira ; alors qu’il y a un an il s’élevait à 40% de sa capacité totale, au début du mois d’octobre il n’atteignait plus que les 5,8% !

Les acteurs principaux de la RMSP s’agissant de la gestion des services d’eau et d’assainissement sont le gouvernement de l’état de Sao Paulo, la SABESP qui est la compagnie chargée de l’eau et de l’assainissement, ainsi que les 33 municipalités qui profitent des services de cette société.

La RMSP utilise environ 70 mètres cube d’eau potable à la seconde pour approvisionner l’ensemble de ses 20 millions d’habitants (2), et pour ce faire, elle repose principalement sur 3 grands systèmes de production. Tout d’abord le système Cantareira, qui approvisionne 45% de la région métropolitaine et qui est formé par 6 barrages situés dans les bassins de la Serra da Cantareira, puis le bassin de Guarapiranga, construit en 1906 et qui est la source en eau des habitants du sud de Sao Paulo, et enfin le réservoir de Billings, érigé dans les années 1930.

Dû à l’absence de règles et lois qui déterminent l’usage et l’occupation des sols autour des réservoirs et cours d’eaux, au fil des années et de manière plus intensive depuis les années 1960 se créent des habitations irrégulières et illégales aux alentours des réserves d’eau. Il est estimé qu’un peu plus de 10% de la population de la RMSP est pauvre et vit dans des logements inadaptés, ce qui contribue largement à la détérioration de la qualité de l’eau. En effet, ces communautés occupent des terrains périphériques à cause du prix élevé des zones urbaines plus centrales, et elles ne sont donc ni raccordées au réseau de collecte ni ne bénéficient de système sanitaire, comme un système d’égouts et de traitement des déchets humains.

Il s’ensuit donc généralement une pollution des eaux, principalement celles des réservoirs de Guarapiranga et de Billings, notamment à cause de la présence importante d’habitations clandestines et de leurs rejets dans les cours d’eaux. De plus, notons que seulement 66% des eaux usées récupérées sont traitées !

En 1971 a été crée le PLANESA (3), plan national d’assainissement qui lie la politique de l’utilisation des sols et celle de l’assainissement des eaux, mais il s’est avéré que non seulement une priorité était donnée aux régions les plus riches, mais qu’en plus, pour des raisons de profits économiques l’approvisionnement en eau a toujours été préféré à la question de la collecte des eaux et du traitement. Il se trouve 46% des habitants des quartiers les plus pauvres de Sao Paulo subissent des baisses de pression et/ou des interruptions de la distribution, d’après la Datafolha. Nous constatons toutefois, grâce à la création de la SABESP, une diminution dans la mortalité infantile des années 1973 à 1981 avec un taux qui passe de 95 à 53 pour 1000 enfants, d’après les données de la Sabesp.

Ce qui reste inquiétant est que lors du renouvellement du contrat de gestion de la Cantareira, il était prévu que la compagnie d’assainissement réduise sa dépendance à ce système d’eau en s’eforçant de trouver d’autres solutions alternatives. Rien n’a pourtant été fait, si ce n’est une faible tentative de la part de la Sabesp qui met en place dès le 1er février 2014 une tarification incitative en vigueur qui garantit une réduction des factures de 30% pour les clients alimentés par le bassin de la Cantareira qui diminueraient leur consommation en eau de 20%. Des 78% des habitants de la RMSP qui étaient favorables à cette initiative, seuls 52% ont effectivement obtenu la réduction.

La Sabesp a également demandé le 6 octobre 2014 la libération du deuxième volume mort de la Cantareira à l’Ana (Agence Nationale des eaux), qui permettrait d’approvisionner la ville en eau jusqu’au mois d’avril. Cependant, déjà depuis mai de cette année, le premier volume mort est exploité et ne devrait suffire que jusqu’à la mi novembre.

Le Ministère Public Fédéral aurait quant à lui fortement recommandé au gouverneur de l’état, Geraldo Alckmin, de rationner l’eau pour éviter une crise hydraulique, et relève que la qualité de l’eau de ces 2 volumes morts est de très basse qualité dû aux nombreux produits polluants déversés, aux traces de métaux lourds et aux bactéries et virus qui s’y trouvent et qui pourraient compromettre la santé des habitants bénéficiant de cette eau.

Mais Sabesp s’y oppose en déclarant que cela « pénaliserait la population et pourrait produire des effets inverses”, d’après un article de Novethic publié le 11 septembre 2014 s’intitulant « Brésil : Grave crise de l’eau à Sao Paulo ».

L’absence d’investissements pour réduire la dépendance au système Cantareira et pour lutter contre les fuites d’eau qui s’élèveraient à 25%, ainsi que le manque d’efficacité dans le développement de stratégies pour nettoyer les cours d’eaux pollués, nous pousse à conclure sur une note sombre. Il ne reste plus qu’à attendre la pluie, ou alors ce qui est à craindre est que l’état de Sao Paulo se mette à intercepter l’eau du fleuve Paraíba do Sul, dont la source est à Sao Paulo, mais qui alimente environ 15 millions d’habitants en aval, dont les habitants de la ville de Rio de Janeiro, ce qui pourrait aboutir à un conflit sur la gouvernance et l’appropriation de l’eau.

Une chose reste certaine, tant que les autorités ne s’attèleront pas à développer et urbaniser les zones périphériques, le problème des eaux usées polluées restera d’actualité.

Pauline Schipperijn, de l’Université de Genève, suit le cours de santé globale à l’IRI/USP (intercambista)

Notes

1 « Água em São Paulo: o fim está próximo », article de Ricardo Carlos Gaspar publié le 8 octobre 2014 sur Tlaxcala

2 « Sao Paulo : et au milieu coule une rivière », article de Monica Porto publié le 28 mars 2013 dans Harvard Review of Latin America

3 « La production du manque d’eau dans la Région Métropolitaine de Sao Paulo », article de Vanderli Custodio publié en 2010 dans la revue Confins

Bibliographie

Ana Lucia Britto et de Rosa Maria Formiga-Jonhsson, “Nouvelles perspectives pour la gouvernance de l’eau dans les métropoles brésiliennes”, in Revue Espaces et sociétés: Usage et régulation des eaux urbaines, 2009/4, n.139 (p.55 -70).

Anúncios

Um pensamento sobre “Pollution de l’eau, rareté et couche de population touchée, de Pauline Schipperijn

  1. Article éclaircissant sur un thème de plus en plus inquiétant pour les habitants de Sao Paulo, et qui reste peu traité autant par les autorités locales qui limitent leurs déclarations, que par les médias en dehors du Brésil alors qu’il s’agit d’une des plus grandes villes du monde qui manque d’eau et approvisionne ses habitants avec “os volumens mortos de agua”, de l’eau fortement contaminée qui ne peut être que nocive pour le corps humain.
    Plus généralement la crise de l’eau que nous vivons actuellement à Sao Paulo doit amener les autorités à repenser les plans futurs d’approvisionnement de l’eau. Est-ce vraiment une idée viable et judicieuse de détourner une partie du Paraiba do Sul pour approvisionner Sao Paulo, alors que c’est ce même fleuve sur lequel comptent une partie des habitants de Rio, autre foyer de population important? Ne risquons-nous pas de nous diriger à long terme vers une détérioration de la qualité du service de la Sabesp? Et dans un cas comme celui-ci de faibles pluies, le problème ne risque-t-il pas de se démultiplier?

Deixe um comentário

Preencha os seus dados abaixo ou clique em um ícone para log in:

Logotipo do WordPress.com

Você está comentando utilizando sua conta WordPress.com. Sair / Alterar )

Imagem do Twitter

Você está comentando utilizando sua conta Twitter. Sair / Alterar )

Foto do Facebook

Você está comentando utilizando sua conta Facebook. Sair / Alterar )

Foto do Google+

Você está comentando utilizando sua conta Google+. Sair / Alterar )

Conectando a %s