« Nous assistons à une offensive finale contre les Indiens », resenha do livro de Deborah Danowski e Eduardo Viveiros de Castro no Le Monde

Le Monde – Planète – Por Nicolas Bourcier

Eduardo Viveiros de Castro est un des anthropologues les plus connus et écoutés du Brésil. A 63 ans, il enseigne l’anthropologie au Musée national de Rio de Janeiro. Il a également été professeur d’études sud-américaines à l’université de Cambridge (1997-1998) et directeur de recherches au CNRS (1999-2001). Ses travaux proposent une réflexion sur la constitution des collectivités amérindiennes. Son dernier livre est coécrit avec sa femme Deborah Danowski : Y-a-t-il un monde à venir ? (Isa, 2014).

Un groupe d’Indiens isolé choisit de vivre avec des Blancs. Quatre caciques sont assassinés en pleine forêt le 1er septembre et même le célèbre leader Yanomami, Davi Kopenawa, a demandé en juillet la protection de la police fédérale. Que se passe-t-il ?

C’est difficile à dire, mais je pense que nous assistons à une sorte d’offensive finale. Non seulement contre les Indiens isolés mais contre tous les autres Indiens. Car il s’agit bien d’une guerre dans le sens où il y a un peuple qui envahit et un peuple qui est envahi. Cette situation se poursuit depuis cinq siècles. L’impression que cela procure aujourd’hui est que nous assistons au dernier chapitre de cette histoire.

Le peu de groupes isolés qui survivent encore – environ 70 au Brésil – se voient de plus en plus forcés d’entrer en contact avec l’extérieur. Les Indiens sont assiégés de tous les côtés. En Amazonie, vous pouvez voir des groupes de 20 à 100 personnes mais guère plus. Parce que l’Amazonie est désormais complètement quadrillée. Les fronts de modernisation, de colonisation se rapprochent et le phénomène est le même à l’intérieur du Brésil.

Des exemples ?

Prenez cette route « Transocéanique » qui part de Cruzeiro do Sul au Brésil et qui traverse la Pérou jusqu’au Pacifique. Elle sert de route de passage pour l’exportation de produits amazoniens vers la Chine et le Japon. De fait, un plan stratégique de développement de l’infrastructure latino-américaine permet aux pays d’Amérique latine de se connecter plus facilement avec l’Asie. Et les Indiens, eux, sont sur ces routes. Ils perturbent le progrès dans tous les sens du terme.

En outre, mon impression, c’est que l’Etat, sans le dire, part du principe qu’il faut laisser la violence faire son travail. Laissons les orpailleurs, les bûcherons et les trafiquants faire le sale boulot. Il y a eu le Far West nord américain, le bétail qu’on lâchait en Australie pour ouvrir le chemin aux Blancs… Laissons ces gens coloniser pour nous car il serait trop cher de le faire d’une façon décente. Laissons transformer cette terre sauvage en terre mi-sauvage pour que l’Etat arrive à moindres frais un peu plus tard et mette de l’ordre.

Que représente l’Indien dans l’imaginaire brésilien ?

Lévi-Strauss racontait dans Tristes tropiques que l’ambassadeur du Brésil à Paris lui avait dit qu’« il n’y avait plus d’Indiens au Brésil ». Prenez l’Acre, encore en 1970, la Fondation nationale de l’Indien (Funai) dans son catalogue mentionnait « zéro » Indien. Quand elle a commencé à s’y rendre, on a trouvé qu’il restait 25 à 30 groupes. Malgré les massacres, il en restait quand même un certain nombre. Aujourd’hui, l’Acre est non seulement un Etat qui possède un nombre important de groupes indiens mais aussi une culture indienne importante, avec l’art graphique, le chamanisme, le breuvage ayahuasca, la célèbre religion du Daime…

Vous avez écrit que « les Indiens continuent de vivre ainsi, mais leur monde s’est arrêté en 1500 » et qu’aujourd’hui, « nous sommes envahis par nous-mêmes ». Que voulez-vous dire ?

C’est ma façon d’écrire sur la catastrophe écologique qui menace le monde. Nous sommes en train d’expérimenter ce que les Indiens ont vécu il y a cinq siècles : quelque chose d’incompréhensible qui nous enlève notre monde. Je parle du réchauffement climatique, de cette époque nouvelle que l’on appelle l’anthropocène, celle où l’homme a acquis l’importance d’une force géologique. Nous avons fait en sorte que la nature commence à changer plus vite que la société.

Dans l’optique d’une offensive finale, à quoi ressemblera un monde sans Indiens ?

L’espèce humaine deviendra beaucoup plus pauvre parce qu’elle sera bâtie sur le cadavre d’autres formes de vie possible, qui sont comme autant d’expérimentations sociales et culturelles rayées de la surface de la Terre au profit d’un seul modèle. Même d’un point de vue biologique, la fin des Indiens représente un danger énorme car plus une espèce est homogène et plus elle est vulnérable aux imprévus, aux virus, etc.

Au sens dramatique, on perdra ce que les Américains appellent la « capacité de résilience », cette force de résister à des conditions différentes sans perdre son intégrité socioculturelle. Bref, on deviendra moins adaptable et on courra le risque de ne pas pouvoir faire face à des changements que nous avons nous-mêmes suscités.

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